Le séquençage des 20 000 gènes humains a produit une quantité innombrable de données qu’il faut maintenant décrypter pour leur attribuer un sens. Le bio-informaticien Sébastien Lemieux, de l’Institut de recherche en immunologie et en cancérologie de l’Université de Montréal, s’y consacre dans le domaine de la recherche sur le cancer. «L’intelligence artificielle nous sert à l’analyse des données», résume-t-il au cours d’une entrevue.

À partir d’échantillons prélevés sur 482 patients atteints d’une forme de cancer, la leucémie myéloïde aigüe, il tente actuellement de cerner le profil génétique des cellules cancéreuses. «Nous sommes encore loin d’une application clinique des outils que nous élaborons, où convergent intelligence artificielle et génétique, mais nous espérons pouvoir mieux comprendre la composition génétique de la maladie», explique-t-il. À terme, les chercheurs pourraient mettre au point des outils permettant d’assister les cliniciens dans leurs choix thérapeutiques.

Il y a quelques années à peine, on ne pouvait s’atteler à cette tâche sans un mégabudget, l’analyse de chaque échantillon coûtant jusqu’à 2000 $. Les pas de géant accomplis depuis 20 ans ont rendu certaines analyses beaucoup plus accessibles. Les instruments existants sont très efficaces, note le professeur Lemieux, qui a suivi une formation en microbiologie avant de se spécialiser en informatique.

Compte tenu du nombre de gènes en cause (indéterminé encore mais qui pourrait être élevé), le chercheur utilise les algorithmes d’intelligence artificielle pour permettre en quelque sorte aux ordinateurs d’apprendre par eux-mêmes à explorer le génome à la recherche de signes avant-coureurs de la maladie. «On appelle cela l’apprentissage profond ou deep learning en anglais. C’est une des spécialités de l’équipe de l’Université de Montréal sous la direction de Yoshua Bengio», ajoute-t-il.

Dans un projet de recherche lancé récemment et réunissant plusieurs professeurs de l’UdeM dont Guy Sauvageau, Joseph Paul Cohen et Yoshua Bengio, le professeur Lemieux souhaite «étudier des sous-groupes rares de la leucémie myéloïde aigüe et des mécanismes biologiques plus subtils en jeu».

Il estime que ce projet mènera à «de nouvelles observations qui auront une influence réelle sur notre compréhension de la maladie».

Mathieu-Robert Sauvé
Source: Université de Montréal / UdeMNouvelles