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La dysfonction ribosomique comme moteur oncogénique dans certaines leucémies
Publié le 15 juillet 2026
L’équipe de Guy Sauvageau, directeur de l’Unité de recherche en génétique moléculaire des cellules souches de l’IRIC, a identifié un sous-type de leucémie myéloïde aiguë (LMA) caractérisé par une réduction importante de la capacité des cellules à produire des protéines résultant de la perte de plusieurs gènes ribosomiques. Cette étude, qui propose un nouveau modèle conceptuel de la leucémogenèse, ouvre la voie à l’identification de nouveaux biomarqueurs et d’une nouvelle vulnérabilité thérapeutique. Mené par le conseiller principal à la recherche Jean-François Spinella, ce travail est publié dans la revue Science Advances.
Une dysfonction ribosomique caractérise un sous-groupe de LMA
Les leucémies myéloïdes aiguës présentent de nombreuses mutations génétiques et anomalies chromosomiques. Les LMA porteuses de mutations du gène TP53 comptent parmi les formes les plus agressives et les plus difficiles à traiter. Afin de mieux comprendre leur biologie, le laboratoire Sauvageau a analysé les profils génomiques et transcriptomiques de 656 personnes atteintes de LMA.
Les chercheurs et chercheuses ont ainsi identifié un sous-groupe de LMA mutées pour TP53 présentant des pertes récurrentes de plusieurs gènes ribosomiques, notamment sur les chromosomes 3p et 5q. Ces altérations entraînent une diminution coordonnée de l’expression des gènes ribosomiques et une baisse globale de la synthèse des protéines dans les cellules leucémiques. L’étude montre également que ces cellules deviennent particulièrement dépendantes de l’activité de la protéine chaperonne HSP90, dont l’inhibition réduit fortement leur prolifération et leur survie.
Une nouvelle compréhension de la maladie ouvrant la voie à des traitements ciblés
Les travaux de l’équipe proposent un nouveau mécanisme de leucémogenèse dans lequel une dysfonction du ribosome ne constitue pas simplement une conséquence de la maladie, mais un moteur biologique contribuant à son développement. Ils suggèrent ainsi que certaines LMA présentent une véritable ribosomopathie somatique, un concept jusqu’ici peu reconnu dans les cancers hématologiques.
Cette découverte permet de définir un sous-groupe biologiquement distinct de LMA, qui pourrait être identifié grâce à de nouveaux biomarqueurs reflétant l’activité ribosomique, favorisant ainsi une meilleure stratification des patients. Enfin, l’étude met en évidence une nouvelle vulnérabilité thérapeutique en montrant que ces leucémies sont particulièrement sensibles aux inhibiteurs de HSP90, ouvrant la voie au développement d’approches thérapeutiques ciblées.
Étude citée
Spinella J-F, Chagraoui J, Boivin I, Richard Carpentier G, Mayotte N, Béliveau F, Lavallée V-P, Hébert J, Sauvageau G. TP53-mutant AML with ribosomal gene loss exhibits impaired protein translation and sensitivity to HSP90 inhibition. Sci. Adv. 12, eaed7122(2026). DOI:10.1126/sciadv.aed7122