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Témoignage de Robert Patenaude

Publié le 15 janvier 2020

À travers la maladie, la rencontre d’une vie

En 1980, plus de 100 % des malades atteints de leucémies décédaient en moins de deux ans. À cette époque, la greffe de moelle osseuse débutait sur un plan expérimental et n’était offerte qu’aux jeunes leucémiques ayant des donneurs compatibles. Les résultats se situaient autour de 20 % de guérison, la plupart des patients mouraient de rechutes, de réactions de rejets sévères, d’infections ou d’hémorragies.
À cette même époque, alors que j’étais étudiant en deuxième année de médecine, lors d’un examen de routine, on découvre que je suis atteint d’une grave anémie et que mes globules blancs sont très élevés. Je suis immédiatement transféré au service d’hématologie de l’hôpital Maisonneuve Rosemont où on m’installe sur une civière au milieu d’un corridor bondé. Le Dr Claude Perreault, alors jeune hématologue, effectue une biopsie et aspiration de ma moelle osseuse. À la fin de la journée, le diagnostic tombe : je souffre d’une leucémie qui ne me donne que 24 mois d’espérance de vie. Le choc est terrible.
Malgré tout, le Dr Perreault me donne espoir : « Ce n’est pas une bonne nouvelle, mais j’ai peut-être une solution pour toi. On débute un nouveau traitement expérimental : la greffe de moelle osseuse. Si une de tes sœurs, Line ou Diane, est compatible, tu serais un bon candidat à la greffe  ».
Heureusement pour moi, ma sœur Diane est tout à fait compatible. Nous décidons d’aller de l’avant. Il faut savoir qu’une greffe de moelle osseuse est une intervention relativement simple, d’une durée d’environ deux heures. Il s’agit de prélever la moelle en salle d’opération, pour ensuite la transfuser, tout simplement. Le tout s’est déroulé sans heurt, les symptômes post-intervention pour ma sœur sont minimes. Elle retourne d’ailleurs le soir même à la maison.
S’ensuit alors un vrai parcours du combattant de mon côté, un parcours que j’ai soigneusement relevé dans un journal de bord où je notais mon poids, ma température, mon nombre de globules, mes plaquettes, mon hémoglobine, mon état général, mes peurs, mes espoirs. Je resterai durant des mois, hospitalisé en isolement à l’unité de greffe de moelle osseuse de l’hôpital Maisonneuve Rosemont. Durant cette période, j’ai vu mourir des amis, j’ai aussi vu mes collègues de classe de médecine s’unir pour donner du sang et je me suis fait un nouvel ami qui a sauvé ma vie, le Dr Perreault.
Lors de ses visites, nous échangeons beaucoup. Nous parlons de traitement contre le cancer, d’antigènes, d’anticorps, de lymphocytes… Ça me permet de rêver, de m’évader aussi en pensée de ce confinement imposé. Mais pour le Dr Perreault, c’est plus que son travail, il s’agit d’une réelle mission, d’une mission d’une vie. Il travaille sans relâche pour améliorer le pronostic des gens atteints de cancer.
Je quitterai enfin ma chambre au bout de deux mois d’hospitalisation, non sans avoir un peu peur, et avec un peu de regret de quitter le Dr Perreault, nos parties d’échecs et nos échanges.
37 ans plus tard, je profite d’une belle vie, d’une belle carrière, et à l’aube du 40e anniversaire de ma guérison, je suis reconnaissant plus que jamais au Dr Perreault.
Je tiens à lui rendre hommage, car si mon combat à moi contre la maladie n’a duré que quelques mois, le sien dure depuis plus de 40 ans en tant que chercheur et médecin. Sa passion et son entêtement ont permis à beaucoup d’autres comme moi de guérir et d’avoir une longue et belle vie.

 

La leucémie : d’hier à aujourd’hui

Aujourd’hui, grâce à la recherche, on a fait des progrès considérables dans le traitement des leucémies et les taux de survie ont considérablement augmenté. Par exemple, pour une leucémie myéloïde chronique comme celle dont j’ai souffert, le taux de survie moyen est maintenant de presque 70 % chez les adultes. Malheureusement, il n’est toujours que de 40 % chez les patients de 65 ans et plus, lesquels constituent la majorité des cas. Les taux de guérison pour les leucémies aigües sont encore plus faibles. Dans tous les cas, les traitements sont difficiles à supporter et laissent souvent des séquelles. De nouveaux traitements plus performants et moins toxiques sont nécessaires, et ce, de toute urgence.

 

Une révolution des traitements

Heureusement, l’avenir est plein d’espoir. Les nouvelles immunothérapies, fondées sur la capacité du système immunitaire du patient à combattre le cancer, sont très prometteuses. Parmi ces nouvelles approches, une en particulier est complètement révolutionnaire :  un vaccin thérapeutique contre le cancer. Les chercheurs et les cliniciens en rêve depuis longtemps, mais on se frappait à un problème de taille, l’absence d’antigènes spécifiques aux cellules cancéreuses permettant aux cellules du système immunitaire de reconnaître et d’éliminer ces cellules anormales. Ce problème a été résolu par le Dr Perreault et ses collaborateurs qui se trouvent pour la première fois en position de développer de véritables vaccins thérapeutiques contre différents types de cancer.

 

Participez à cette révolution scientifique

La mise sur pied du Fonds vaccin thérapeutique contre le cancer est pour moi l’occasion de prendre part à cette révolution scientifique prometteuse, de soutenir les chercheurs de l’IRIC qui travaillent corps et âme à la mise au point de ces découvertes, et inévitablement, de redonner au suivant. Afin de faire de ce projet une réussite, j’ai maintenant besoin de vous! Si vous le pouvez, donnez. Ensemble, nous pouvons transformer la vie de milliers de patients. Ensemble, nous pouvons faire une réelle différence dans la lutte contre le cancer.